La réédition présente de « Livre du froid » suit les deux dernières éditions espagnoles de 2000 et 2002, ainsi que la version incluse dans « Esta luz – Poesía reunida (1947-2004) », paru chez Círculo de lectores fin 2004. Elle comporte en effet un chapitre supplémentaire, « Frío de limites » (Froid de limites), publié sous le nom de ¿Tú? en 1998 et inséré dès la seconde édition de Libro del frío sous le nom actuel (Germanía, 2000). Il a déjà fait l’objet d’une traduction française, « Froid des limites », (J. Ancet, Lettres vives, 2000). Nous avons également tenu compte des quelques retouches apportées au texte par l’auteur et, enfin, nous avons modifié certains passages de notre traduction initiale (Livre du froid, Antoine Soriano Éditeur, 1996). Tout cela permet donc de parler d’une édition revue et augmentée.
Extrait
Il frôle les lichens et les ossements abandonnés à la rosée, il atteint ensuite les chambres et pénètre les filaments de la soude caustique. Puis il gagne tes mains comme une langue lumineuse et se glisse dans les cellules graisseuses. Il bouillonne comme de très douces fourmis et tes mains s'immobilisent dans le bonheur.
Quand le soleil rentre en sa vasque de tristesse
tu regardes tes mains que la lumière a quittées.
Antonio Gamoneda
Extrait de la préface de Pierre Peuchmaurd
Le froid, c’est quand tout a brûlé. Quand le feu a tout embrassé et tout embrasé. Tout arasé.
Ou bien, c’est une lente paralysie, une gangrène de glace qui éteint progressivement le cœur et ses attributs, comme on prétend que fait la belladone.
Le froid se dit d’une voix mate, une voix minéralisée par la combustion, comme les os se font pierre sous les raisons et sous les buts.
|